À l'origine du roman



Je n’ai pas de méthode de travail très arrêtée, mais je constate que j’ai tendance à fonctionner par empilement : une idée me vient, puis une autre qui n’a rien en commun avec la précédente, puis une troisième, etc.
Au fil des mois, elles se mélangent, chacune appelant des images ou des références différentes. Et quand ce fatras trouve une sorte de cohérence, je me lance dans l’écriture.

Pour Le temps des miracles, voici les trois principales sources d’inspiration que j’ai identifiées.

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Blaise Cendrars

Mes parents me lisaient souvent des poèmes quand j’étais enfant, et certains ont laissé une forte empreinte dans ma mémoire.
Parmi ceux-là : La prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France ,
ainsi que Le Panama ou les aventures de mes sept oncles, qui fait partie du même recueil
(Du monde entier, Poésie / Gallimard).

Partant de mon amour pour ces textes, j’avais d’abord pensé écrire quelque chose autour de Blaise Cendrars lui-même car sa vie est particulièrement romanesque : adolescent fugueur, grand voyageur, il a travaillé avec un horloger en Russie, s’est improvisé apiculteur en France, jongleur à Londres, avant de partir à New-York, puis de s’engager dans la Légion étrangère durant la guerre de 14-18, où il a perdu son bras droit...

Au fil des mois, l’idée a évolué. Elle s’est associée à une autre qui me trottait dans la tête, et j’ai abandonné le projet de transformer Blaise Cendrars en personnage de roman, mais il reste de nombreuses traces de Cendrars dans « Le temps des miracles ».

Par exemple, le transsibérien est devenu un express qui déraille au milieu du verger de Vassili.
Par exemple, Gloria a cinq frères : une version réduite des sept oncles du poème. Koumaïl fantasme autour d’eux, comme l’enfant du poème lorsqu’il reçoit les lettres de ses oncles.
Par exemple, Gloria emmène Koumaïl dans un bar de Soukhoumi appelé « Le Matachine » : le barman du Matachine apparaît dans Le Panama, j'en ai fait l’homme qui décapsule les bières dans le roman.

Il y a encore, bien sûr, les noms de Blaise et de Jeanne, que Gloria emprunte à La prose du transsibérien, et la litanie autour de Montmartre, ainsi que celle qui marque Le Panama : « La tristesse et le mal du pays ».

Ce sont des clins d’œil, des détails, une atmosphère, et surtout, une façon pour moi de rendre hommage aux textes qui me touchent.

La pure vérité

L’autre idée qui me trottait dans la tête était une thématique liée à l’écriture.

Pour écrire de la fiction, on peut partir d’éléments réels, de choses vécues, d’anecdotes ou de personnages qui appartiennent à notre « vraie » vie, pourtant, ce qui est raconté est « faux ». Mais est-ce pour autant un mensonge ? J’avais envie d’explorer à ma façon cette question, et j’en ai fait un axe du livre.

Elle n’est d’ailleurs pas uniquement liée à l’écriture. Comme Koumaïl, chaque enfant aime entendre « son » histoire, ou de manière plus vaste, l’histoire de sa famille. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu l’impression que l’histoire familiale constituait plus une légende qu’une réalité. Une légende modeste, avec ses héros modestes, mais qui contenait ses mystères et ses zones d’ombre : un bon terreau pour l’imaginaire !

C’est de cette façon que j’ai traité l’histoire de Koumaïl.

Le Caucase

Parallèlement à ce roman, j’étais en train d’en écrire un autre qui avait pour cadre l’Europe de l’Est.
J’avais accroché au mur de mon bureau une grande carte routière qui allait de l’Irlande jusqu’à la Bulgarie. Pourquoi ne pas aller un peu plus loin encore, de l’autre côté de la Mer Noire ?

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C’est donc par simple curiosité géographique que j’ai commencé à m’intéresser au Caucase. On était alors au printemps 2007 et il n’y avait pas d’actualité brûlante. J’ai fouillé sur Internet, trouvé des articles de journaux, des cartes, des photos... et je me suis prise au jeu.

Ensuite, j’ai failli renoncer, par peur de dire des stupidités. Puis je me suis dit que n’importe quelle région en guerre de la planète me donnerait l’impression d’être trop complexe pour oser l’aborder. Je ne suis pas journaliste, ni universitaire, et je n’aurais pas plus de légitimité à me transporter en Irak qu’en Géorgie... Pour être légitime, il me faudrait parler uniquement de la France, voire de ma banlieue parisienne, ou de ma rue ?

Le Caucase frappait mon imagination. C’était la suite « logique » de mon exploration précédente jusqu’en Bulgarie. Alors, je suis partie.

Et comme je n’avais pas les moyens de me rendre sur place, j’ai fait avec les moyens du bord : les journaux, internet, et... mes papilles !
C’est ainsi qu’à l’occasion d’un séjour à Rennes dans le cadre du festival Travelling junior (j’étais la marraine et c’était très chouette, très chaleureux !), je suis tombée sur un restaurant géorgien.
Bonne ambiance, toute simple, plats typiques et bon vin : amis bretons, pourquoi ne pas essayer ?

J’ai profité de l’occasion pour demander à la maîtresse des lieux de traduire un mot dont j’avais besoin dans le roman.
C’est donc à elle que je dois « Outsnobi Khali », qui signifie « L’inconnue » en géorgien : le docteur Léonidze l’emploie au chapitre 42.
Merci à elle !

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